À l’ère où un investisseur peut obtenir une tonne d’informations sur les entreprises de partout sur la planète en quelques clics, pourquoi donc consacrer quelques jours pour aller rencontrer un dirigeant dans un patelin du fin fond des États-Unis ? Parce que, à notre avis, il n’y a pas meilleure façon d’obtenir des renseignements permettant d’enrichir l’analyse d’un titre.

Les investisseurs n’ont jamais eu accès à autant d’informations à propos des entreprises en Bourse. Pourtant, ils échappent encore aussi souvent «le» détail qui les aidera à reconnaître le prochain grand gagnant ou à éviter un fiasco. La raison est simple : quantité n’égale pas qualité et, la plupart du temps, les informations qui font toute la différence sont intangibles.

Ce que les états financiers ne vous disent pas

Les états financiers trimestriels, le rapport annuel et les téléconférences des dirigeants avec les analystes sont des sources incontournables pour l’investisseur désireux de bien connaître les entreprises. Ils nous donnent toutefois un portrait incomplet.

Une rencontre avec la direction s’impose souvent pour mieux comprendre le modèle d’entreprise, obtenir des réponses à des questions occultées par les analystes des grandes firmes de courtage ou encore observer la culture qui façonne l’organisation.

C’est aussi le moyen ultime pour mesurer ce qui motive le plus le dirigeant : parle-t-il avant tout d’argent ou décrit-il avec passion les produits et services de son entreprise ?

Voilà pourquoi Medici a récemment dépêché trois gestionnaires de portefeuille au siège social d’une entreprise dont elle est actionnaire, à l’autre bout des États-Unis. Des déplacements du genre représentent un investissement notable en temps et en énergie, mais ils portent leurs fruits.

Sachant que nous venions de loin, le président nous a accordé une entrevue de plusieurs heures. Nous avons pu ainsi mieux comprendre la façon dont l’entreprise mène ses activités, ce qui la distingue de ses concurrents et les risques auxquels elle expose les investisseurs.

Le dirigeant nous a en outre expliqué en détail les circonstances entourant le départ d’un cadre-clé, information que nous n’aurions pas réussi à obtenir autrement.

La rencontre nous a aussi permis de confirmer l’importance du PDG pour l’organisation. Bien que secondé par son chef de la direction financière, le grand patron a répondu à toutes nos questions. Ses réponses nous ont amenés à conclure qu’il prend l’ensemble des grandes décisions. Voilà qui nous incite à surveiller de près ses intentions quant à un éventuel départ à la retraite.

Par-dessus tout, cette rencontre nous a permis d’analyser son tempérament, ce qui est difficile de faire autrement qu’au cours d’un moment de qualité comme celui que nous avons eu. Nous n’avons pas eu besoin de cuisiner le PDG pour mettre ses valeurs à l’épreuve : sa vision à long terme et son sens de l’éthique transcendaient ses propos.

Lorsque le PDG représente un des principaux facteurs de notre thèse d’investissement, il est essentiel de déterminer s’il est l’unique artisan du succès ou s’il a mis en place une structure décentralisée.

Le modèle de Constellation Software

L’assemblée annuelle de Constellation Software (CSU, 954,81 $), en mai dernier, nous a justement permis de confirmer que l’un des plus brillants succès d’affaires canadiens des dernières années ne reposait pas uniquement sur son président étoile, Mark Leonard.

Plutôt que de monopoliser l’attention des investisseurs, le président a incité ceux-ci à diriger leurs questions directement aux responsables de ses divisions.

Il est même allé plus loin en subdivisant une partie de l’assemblée en quatre afin de permettre aux actionnaires de questionner les dirigeants des groupes d’exploitation de l’entreprise. Ceux-ci jouent désormais un rôle croissant dans la stratégie d’acquisitions de Constellation.

Assister à l’assemblée s’est révélé très enrichissant pour nous, d’autant que l’entreprise torontoise a mis fin aux téléconférences trimestrielles avec les analystes en février dernier.

En plus de permettre d’approfondir nos connaissances, un tête-à-tête offre également l’occasion de s’assurer de la transparence des dirigeants. Parlent-ils ouvertement de leurs erreurs, de ce qui les empêche de dormir ?

Petite confidence : il nous arrive de lancer volontairement les dirigeants sur une fausse piste afin de mettre leur stratégie à l’épreuve. Comme leur demander pourquoi ils ne rachètent pas davantage d’actions alors qu’il nous apparaît inapproprié d’en racheter une seule en raison de son évaluation élevée.

Gare aux dirigeants charismatiques

Rencontrer les dirigeants est habituellement très avantageux, à condition d’éviter de se laisser charmer par ceux qui dégagent un grand charisme.

Certains sont si convaincus du potentiel de leur entreprise – et convaincants -, qu’ils font perdre de vue aux investisseurs les risques auxquels leur titre les expose.

Nous gardons à l’esprit qu’un des rôles des dirigeants est de faire la promotion de leur entreprise. Ils deviennent d’habiles communicateurs sachant anticiper les questions pièges. Le grand défi des investisseurs pour éviter de sombrer dans l’enthousiasme excessif est donc d’amener le PDG à laisser de côté sa cassette d’entreprise et à parler des vrais enjeux.

Pour un investisseur sérieux, passer un moment de qualité avec les dirigeants d’entreprises dont il est actionnaire ou dont il évalue l’achat du titre représente un atout précieux afin d’approfondir son analyse. Tout investisseur peut développer le réflexe de se rendre aux assemblées annuelles d’entreprises québécoises qu’il suit ou tenter d’obtenir un entretien téléphonique avec les dirigeants afin de mieux les connaître. Le but n’est pas d’obtenir des informations privilégiées, mais plutôt d’entrer dans la cuisine afin de voir si le chef mange la même nourriture que ceux à qui il la sert.

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Texte écrit par Yannick Clérouin, conseiller chez Medici.

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