EXPERTS INVITÉS. Elles affirment révolutionner la façon dont on mange, dont on travaille, dont on communique ou dont on se déplace. Elles affichent une croissance explosive de leurs revenus. Malgré tout l’engouement que les Beyond Meat, WeWork ou Pinterest de ce monde suscitent, nous avons tendance à éviter les titres des recrues vedettes de la Bourse.

De crainte de manquer un nouveau phénomène ou séduits par les promesses de nouveaux modèles d’entreprise, bien des investisseurs achètent à fort prix des sociétés populaires, mais la plupart du temps lourdement déficitaires.

La hausse de 834 % de l’action de Beyond Meat (BYND) dans les trois premiers mois qui ont suivi son inscription en Bourse, en mai dernier, a en effet aiguisé l’appétit des investisseurs pour les premiers appels publics à l’épargne (PAPE) de sociétés promettant de bouleverser les marchés qu’elles ciblent.

Même si le producteur de substituts de viande est sur toutes les lèvres grâce à l’adoption rapide de ses produits par les chaînes de restauration rapide, comme A&W ou Tim Hortons, son potentiel boursier à long terme nous apparaît limité par une valorisation dépassant la raison.

À son plus récent trimestre, la société a subi une perte de 9,4 millions de dollars américains, malgré un bond de 273 % de ses ventes par rapport à la même période l’an dernier. Comme Beyond Meat reste déficitaire, les analystes lui attribuent une valeur sur la base de ses ventes. Elle se négocie ainsi à près de 40 fois les revenus de 240 M$ US anticipés par la direction pour l’exercice 2019.

Décalage

Il y a un énorme décalage entre la valeur accordée à Beyond Meat et la réalité économique de ses activités.

L’entreprise californienne ne commercialise pas un logiciel dégageant un rendement élevé grâce aux faibles investissements requis pour le développer. Elle doit au contraire investir massivement dans des usines et de l’équipement pour transformer les aliments.

Or, les marges bénéficiaires nettes des producteurs alimentaires sont généralement très faibles. Celles de Tyson Foods (TSN), un des plus importants producteurs de viande du monde, se situent autour de 5 %. Si, d’un coup de baguette magique, Beyond Meat générait soudainement des marges bénéficiaires comparables à celles de Tyson Foods, le titre se négocierait à une évaluation de près de 1 100 fois les bénéfices. Oui, vous avez bien lu, 1 100 fois !

C’est sans compter le fait que l’explosion de la demande d’aliments végétaux imitant la viande nourrit l’intérêt d’acteurs établis, comme le géant des produits chimiques DowDuPont. Tyson vient également de lancer une nouvelle gamme de produits à base de plantes en guise de solution de rechange à ses boeufs et à ses poulets.

Compte tenu de la concurrence accrue, nous voyons difficilement comment Beyond Meat pourrait imposer sa marque de commerce et vendre ses produits à prix plus élevé à long terme.

Au-delà de Beyond Meat, il y a d’autres recrues de la Bourse que nous préférons éviter.

Surfer sur la tendance

WeWork, qui devrait faire ses premiers pas en Bourse en septembre, expose aussi, selon nous, les investisseurs à d’importants risques.

La société, qui loue des espaces de bureau dans 111 villes du monde, a subi une perte de 904 M$ US pour les six premiers mois de 2019, même si ses revenus ont plus que doublé, à 1,54 milliard de dollars américains.

Tout comme Beyond Meat, WeWork surfe sur une tendance à la mode, le cotravail (coworking), mais son modèle d’affaires doit encore faire ses preuves.

En plus des voeux excentriques exprimés par son PDG, Adam Neumann, – «WeWork a le potentiel d’élever la conscience du monde» -, le prospectus d’inscription en Bourse comporte de nombreux drapeaux rouges : structure d’entreprise complexe, prime généreuse versée au PDG pour l’entrée en Bourse, paiements de loyers de la société à la faveur de ce dernier, forte sensibilité aux cycles économiques et à une clientèle de travailleurs autonomes. De plus, ses dépenses liées à la location d’immeubles à long terme (10 ans et plus) sont fixes, mais ses revenus tirés de la location à courte durée sont incertains.

L’absence de rentabilité de la jeune société âgée de 9 ans est, selon les dirigeants de WeWork, un enjeu parfaitement gérable. Nous demandons à être convaincus. Elle passera un véritable test lorsque le contexte économique sera moins favorable.

Or, la société a été récemment valorisée à 47 G$ US. C’est 12 fois plus que sa rivale suisse International Workplace Group PLC (IWG), qui exploite les sociétés de location d’espaces de travail Regus et Spaces. IWG compte pourtant cinq fois plus de membres que WeWork, est implantée dans neuf fois plus de villes, est présente dans six fois plus d’immeubles. Surtout, elle est rentable.

Durable?

WeWork figure au sein de la récente cohorte de sociétés à forte croissance qui ont profité des conditions favorables pour s’inscrire en Bourse : Uber Technologies (UBER), Lyft (LYFT), Slack Technologies (WORK), Zoom Video Communications (ZM) et Pinterest (PINS), notamment.

Plusieurs d’entre elles mènent leurs activités depuis de nombreuses années, mais semblent encore loin du jour où elles dégageront des bénéfices de façon durable.

Bien que ces entreprises vedettes affichent une forte croissance ou promettent de déloger des rivales bien établies, nous refusons de leur donner un chèque en blanc dans l’espoir qu’elles deviennent un jour rentables.

Mieux vaut laisser passer l’engouement initial lié à leur entrée en Bourse – une opération souvent moussée par une forte promotion des vendeurs dans les médias – et attendre que les recrues boursières présentent une croissance rentable et des avantages concurrentiels durables.

Pierre-Olivier Langevin est associé et gestionnaire de portefeuille chez Gestion de portefeuille stratégique Medici.

Yannick Clérouin est conseiller chez Gestion de portefeuille stratégique Medici.

Source: Pourquoi il faut se méfier des recrues vedettes de la Bourse (Les Affaires)

 

 

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