Nemaska à 30 % d’un portefeuille : le dangereux mirage du rendement

Nemaska à 30 % d’un portefeuille : le dangereux mirage du rendement
June 15, 2018 Published by

Vous vous fiez uniquement au rendement pour évaluer les services de votre conseiller financier ? Grave erreur. Votre portefeuille pourrait être truffé de bombes à retardement qui risquent de miner la faculté de vous enrichir à long terme.

Une analyse de portefeuille réalisée par Medici à la demande d’un épargnant qui s’interrogeait sur les capacités de son conseiller nous en a fourni une preuve éloquente.

À première vue, le rendement annualisé du portefeuille au cours des quatre dernières années paraissait élevé. En ouvrant le capot, nous avons toutefois rapidement décelé les moteurs spéculatifs qui ont élevé sa performance. En effet, 30 % du portefeuille était concentré dans le titre de Nemaska Lithium (Tor., NMX).

Le danger se trouve amplifié quand il implique une entreprise dont l’avenir repose sur un projet d’envergure qui n’a toujours pas franchi le stade de commercialisation après neuf ans d’élaboration.

Même s’il s’agissait d’une société exceptionnelle, il serait mal avisé d’exposer un portefeuille à une telle concentration. Le danger s’en trouve grandement amplifié quand il implique une entreprise dont l’avenir repose sur un projet d’envergure qui n’a toujours pas franchi le stade de commercialisation après neuf ans d’élaboration.

La minière de Québec, qui vise à extraire et à transformer le lithium d’un gisement situé sur le territoire Eeyou Istchee/Baie-James, ne génère pas de revenus. Elle n’a pas encore démontré sa capacité à produire à un coût de revient concurrentiel le lithium tiré de son gisement.

Pour atteindre le stade commercial, Nemaska doit réunir 800 millions de dollars. La direction a soutenu dans son rapport annuel de 2017 que son plan d’affaires robuste avait attiré de nombreux investisseurs institutionnels et permis à son titre de plus que doubler.
Le vent a toutefois tourné de façon abrupte en 2018, notamment en raison de la hausse du coût de financement. Elle a annoncé à la fin mai une émission d’actions de 322 M$ à un cours nettement inférieur à celui où se trouvait le titre il y a quelques mois à peine. Résultat, les actionnaires existants ont été victimes d’une importante dilution.

La prépondérance d’une société aussi risquée que Nemaska dans le portefeuille met en relief une pratique professionnelle troublante, surtout quand elle se fait à l’insu du client. Même si le conseiller a informé ce dernier de la forte présence de titres spéculatifs dans son portefeuille, il est l’ultime responsable des décisions de placement.

Le portefeuille en question a enregistré un rendement annualisé de 19,5 % en quatre ans, selon nos estimations. Le conseiller ne s’est certainement pas vanté du fait que ce seul titre risqué était responsable… de 67 % du rendement.

Cette histoire sert une leçon importante à tout épargnant : le rendement peut être une dangereuse illusion. Seul, il ne permet pas d’évaluer les capacités de la personne qui gère votre argent. Le rendement de votre portefeuille doit non seulement être comparé à un barème approprié, mais également être expliqué de façon transparente par le conseiller.

Manque de transparence

Non seulement notre épargnant était-il exposé à un titre hautement spéculatif, mais il n’était pas en mesure de connaître la performance globale de son portefeuille avec les renseignements qui lui étaient fournis.

C’est malheureusement une lacune que l’on constate trop souvent dans le cadre de nos évaluations de portefeuilles : les rendements sont présentés par comptes (comptant, CELI, REER…) comme l’exigent les règles des autorités en valeurs mobilières, mais pas de façon consolidée.

Malheureusement, une telle pratique peut amener l’épargnant à conclure qu’il a obtenu un rendement adéquat en s’arrêtant sur le résultat élevé de son CELI, par exemple, sans se demander si le portefeuille dans son ensemble a enregistré une bonne performance. Or, le rendement d’un compte dans lequel vous détenez 100 000 $ ne revêt pas la même importance que celui réalisé par un compte dont la valeur s’élève à 1 M$.

Les évaluations de portefeuilles nous montrent aussi que trop de conseillers omettent de présenter l’ensemble des frais engagés.

Les frais excessifs que l’on observe dans bien des portefeuilles sont de véritables ennemis de l’accroissement de votre capital. Ils prennent diverses formes : frais à l’achat et à la vente qui s’ajoutent aux frais de gestion de certains fonds communs, frais de transactions, éparpillement des actifs dans un nombre incalculable de titres, coûts opaques de certains produits comme les billets à capital garanti, etc.

Le rendement est un carburant essentiel, mais ne le laissez pas vous aveugler, car il pourrait se révéler un coûteux mirage. Imaginez ce qui arriverait à un portefeuille bourré de titres spéculatifs dans une période trouble en Bourse.

N’hésitez donc pas à questionner votre conseiller afin de mieux comprendre la logique sous- jacente à la composition de votre portefeuille. Après tout, c’est la stratégie de placement qui est garante de votre enrichissement à long terme. Il est du devoir du conseiller de consentir tous les efforts nécessaires pour assurer votre réussite financière, tout en faisant preuve de la plus grande transparence possible.

 

Yannick Clérouin est conseiller chez Gestion de Portefeuille Stratégique Medici une firme de gestion privée québécoise dont la proposition-valeur repose sur la transparence, la responsabilité et les services hautement personnalisés. Consultez notre section Investir avec Medici pour plus de détails.

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